• Le dormeur du val

    Arthur Rimbaud

    C’est un trou de verdure où chante une rivière,
    Accrochant follement aux herbes des haillons
    D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
    Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

    Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
    Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
    Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
    Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

    Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
    Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
    Nature, berce-le chaudement : il a froid.

    Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
    Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
    Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

    Arthur Rimbaud


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  • Maître Corbeau, sur un arbre perché,
    Tenait en son bec un fromage.
    Maître Renard, par l'odeur alléché,
    Lui tint à peu près ce langage :
    Et bonjour, Monsieur du Corbeau.
    Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
    Sans mentir, si votre ramage
    Se rapporte à votre plumage,
    Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois.
    À ces mots, le Corbeau ne se sent pas de joie ;
    Et pour montrer sa belle voix,
    Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
    Le Renard s'en saisit, et dit : Mon bon Monsieur,
    Apprenez que tout flatteur
    Vit aux dépens de celui qui l'écoute.
    Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.
    Le Corbeau honteux et confus
    Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.


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  • Toi

    Esther Granek

    Toi c’est un mot
    Toi c’est une voix
    Toi c’est tes yeux et c’est ma joie

    Toi c’est si beau
    Toi c’est pour moi
    Toi c’est bien là et je n’y crois

    Toi c’est soleil
    Toi c’est printemps
    Toi c’est merveille de chaque instant

    Toi c’est présent
    Toi c’est bonheur
    Toi c’est arc-en-ciel dans mon coeur

    Toi c’est distant…
    Toi c’est changeant…
    Toi c’est rêvant et esquivant…

    Toi c’est pensant…
    Toi c’est taisant…
    Toi c’est tristesse qui me prend…

    Toi c’est fini.
    Fini ? Pourquoi ?
    Toi c’est le vide dans mes bras…
    Toi c’est mon soleil qui s’en va…
    Et moi, je reste, pleurant tout bas.

    Esther Granek, Ballades et réflexions à ma façon, 19

    Poème


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  • Quand vous serez bien vieille

    Pierre de Ronsard

    Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
    Assise auprès du feu, dévidant et filant,
    Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :
    Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle.

    Lors, vous n’aurez servante oyant telle nouvelle,
    Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
    Qui au bruit de mon nom ne s’aille réveillant,
    Bénissant votre nom de louange immortelle.

    Je serai sous la terre et fantôme sans os :
    Par les ombres myrteux je prendrai mon repos :
    Vous serez au foyer une vieille accroupie,

    Regrettant mon amour et votre fier dédain.
    Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
    Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.

    Pierre de Ronsard, Sonnets pour Hélène, 1578

    Pierre de Ronsard


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  • Maurice Carême


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  • JE VOUS AIMAIS 

    Je vous aimais... et mon amour peut-être

    Au fond du cœur n'est pas encore éteint.

    Mais je saurai n'en rien laisser paraître.

    Je ne veux plus vous faire de chagrin.

    Je vous aimais d'un feu timide et tendre,

    Souvent jaloux, mais si sincèrement,

    Je vous aimais sans jamais rien attendre...

    Ah! puisse un autre vous aimer autant.

    Pouchkine

    Pouchkine


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  • Paul VERLAINE
    1844 - 1896

    Vers sans rimes

    Le bruit de ton aiguille et celui de ma plume
    Sont le silence d'or dont on parla d'argent.
    Ah ! cessons de nous plaindre, insensés que nous fûmes,
    Et travaillons tranquillement au nez des gens !

    Quant à souffrir, quant à mourir, c'est nos affaires
    Ou plutôt celles des toc-tocs et des tic-tacs
    De la pendule en garni dont la voix sévère
    Voudrait persévérer à nous donner le trac

    De mourir le premier ou le dernier. Qu'importe, 
    Si l'on doit, ô mon Dieu, se revoir à jamais ? 
    Qu'importe la pendule et notre vie, ô Mort ? 
    Ce n'est plus nous que l'ennui de tant vivre effraye !


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